Bonnes feuilles

L´Algérie belle et rebelle de Jugurtha à Novembre
de Boualem Bessaïh (p. 12)


Domination romaine

Il coule dans ma veine un sang chaud de Berbère
phénicien ou romain byzantin hilalien (1)
ma présence est antique, authentique est ma terre
je fus ce que j’étais, aujourd’hui algérien

Fouillant dans le passé j’interroge l’Histoire
un siècle avant Jésus, le temps des grands aïeux
lorsque Rome et Carthage se disputaient la gloire
dans le sang, ignorant la colère des Dieux



Massinissa serein bâtissait son empire
en paisible voisin sans songer au coup bas
arrogante et devant la crainte qu’il inspire
Carthage l’invita sans attendre au combat
 
Autres belligérants, Syphax suit Carthage
dont il attend l’appui de son règne en retour
et Scipion l’Africain jaloux de son image
choisit Massinissa et vole à son secours

L’Histoire retiendra la bataille des plaines (1)
où Carthage est défaite et Syphax vaincu
épouse de Syphax, Sophoniba la reine
au maître de Cirta, son sort est suspendu (2)

Quoi ! livrer à Scipion l’illustre prisonnière
tel qu’il a exigé ? Massinissa dit non
protégée il l’épouse, Alors farouche et fière
elle opte pour la mort et réclame un poison

Elle dit à Scipion devant le Roi numide
d’un air effarouché avec les yeux humides
comme pour l’abaisser de sa fausse grandeur
«je ne perds que la vie mais je sauve l’honneur»

La Numidie se range unie derrière un homme
ce grand Roi, ce héros que la terre enfanta
pour libérer le sol, son nom est Jugurtha (3)
sa devise briser l’arrogance de Rome

Brandissant l’étendard, parcourant ses domaines
il lève à chaque pas de nouveaux combattants
défiant en chantant les colonnes romaines
 essuyant des revers et souvent triomphant

Son grand-père a été élevé à Carthage Carthage
où se forgeait le destin des grands rois
Massinissa disait avec force et courage
«l’Afrique aux Africains» et chacun sous son toit

Et Jugurtha reçut ce message et il fut
pour lui comme un serment, comme un credo de moine
comme un Joyau précieux d’un vaste patrimoine
couvrant de déshonneur celui qui l’a perdu

Le conquérant savait ce que voulait cet homme
que ne brille au soleil aucun casque romain
il faut donc le briser sans attendre demain
pour que la Numidie reste grenier de Rome

Il voyait son triomphe à l’issue de la guerre
quand le questeur Marius le perfide Silla
fit entraîner Boccus, le roi et le beau-père
à livrer aux Romains son gendre Jugurtha (1)

Surpris, désenchanté, traqué de toutes parts
enchaîné puis traîné dans Rome l’éternelle
jeté dans un cachot au-dessous des remparts
il mourut, sans témoin, sous l’œil des sentinelles

Captif de Marius, consul et général
il avait le statut d’un illustre adversaire
mais Marius se voulant humiliant et banal (1)
a rejeté sur Rome un opprobre sévère

Ces noms, Massinissa, Syphax, Jugurtha
des monts de l’Ouarsenis à l’Aurès sauvage
du joug de l’oppresseur ont fait sonner le glas
léguant la liberté, au peuple en héritage 

L’Indépendance

Et le combat cessa, non faute de courage (1)
l’incendie étouffé de ses cendres s’éteint
la vertu du dialogue a forcé le destin
pour ensemble augurer d’une nouvelle page

Les deux belligérants ont déposé leurs armes
dans l’immense euphorie la fête bat son plein
on chante on danse on rit en un joyeux vacarme
la veuve résignée et le triste orphelin
à peine ont-il séché en silence leurs larmes
que la folie humaine endeuille le festin (2)

Coiffé de casques blancs du colon, ou chapeaux
ils voulaient demeurer dans le pays les maîtres
accepter un nouveau drapeau c’est disparaître
pour eux et disparaît la ferme ou le château
la nouvelle furie immonde vient de naître
son cri c’est la valise ou bien c’est le tombeau

Le cycle de violence est partout infernal
et la bombe cachée riposte à l’autre bombe
Satan est dans la rue et quand un homme tombe
on fuit, muet sans voir le cadavre banal.

Hélas ! dans chaque camp l’autre devient la cible
tels les enfants jouant en chassant les oiseaux
quoi ! tant de cauchemars et rester impassible
au drame d’un pays déchiré en lambeaux ?

Sursaut d’humanité ! du cœur l’intelligence
a fini par chasser les démons confondus
quand chacun comprendra que rien n’était perdu
soufflera de nouveau le vent de l’espérance

Confidence et secret, discrets conciliabules
tous iront déposer dans l’urne un bulletin
après s’être affrontés de l’aube au crépuscule ;
frémissante de joie sera l’aube demain,
pour savourer l’instant arrêtons les pendules
la liberté la paix seront notre butin

Cinq juillet, même jour, deux dates dans l’Histoire
l’une de la conquête annonce le départ (1)
l’autre plus souriante et chère à la mémoire
met fin à cent trente ans de sombre cauchemar (2)

Ce jour-là, la justice a vaincu l’imposture
le faible a surmonté le temps du désarroi
le cri de liberté a vaincu les armures
le droit a triomphé de la force des lois

Adieu mépris adieu et finie l’hécatombe
par-dessus les héros tout le peuple est vainqueur
le drapeau flotte au vent et frôle les colombes
l’hymne chanté en chœur remplit de joie les cœurs

Sans tomber dans l’oubli, surmonter la rancœur
Le martyr est présent, survivant dans la tombe
qui veille au serment fait avant qu’il ne succombe
de voir le peuple vivre en paix et dans l’honneur

Gloire à vous les héros, gloire à vous les martyrs
dont la voix retentit du fond des cimetières
hommage vous est dû de la Nation entière
pour avoir consenti pour elle de mourir


Adresse Anep Siège
50, rue Khelifa Boukhalfa,
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