Bonnes feuilles

Les sept remparts de la citadelle (Tomes 1-2)
de Mohamed Maarfia (pp. 3-4)

La nuit s’était estompée. La clarté commençait à disperser les derniers flottements de grisaille et transformait les silhouettes irréelles et objets familiers. Les toits scintillaient par les innombrables gouttelettes que l’aube avait semées. La chaleur renaissante de cette journée de mars les transformera tout à l’heure en ruisselets.

Quelques chiens, la queue entre les pattes, couraient vers l’oued, fondaient une mare d’eau, s’ébrouaient, jappaient, se poursuivaient en une ronde endiablée. Les maisons européennes de Sbiha la cossue, vastes et confortables demeures d’hommes de labeur et de parcimonie, construites en pierre avec des ouvertures protégées par des menuiseries en bois massif, s’appuyaient les unes contre les autres. Les rues bordées de trottoirs proprets, convergeaient toutes vers une large place autour de laquelle se dressait l’église surmontait d’un long clocher gracile, le tribunal, la salle des fêtes, la maison de l’agriculture, quelques villas et un café respirant l’anis et le tabac à pipe, défendu par des barricade de chaises et de tables. A équidistance de ces bâtiments, un kiosque à musique, en planches ouvragées au vert passé, ajoutait une note de fraîcheur à l´ombre des platanes. A l´est, à un kilomètre au-delà du sage alignement des belles façades, le bordj, siège de la commune-mixte qui gérait un territoire grand comme un département métropolitain et dont une aile abritait la brigade de gendarmerie, apparaissait nettement découpé contre l´écran profond et lumineux du ciel. Sbiha s´éveillait au jour. Le minuscule hameau arabe du début de la colonisation avait attiré, grâce à la fécondité des piémonts des grands djebels du Madr qui l´enserraient, plusieurs familles européennes au cours de l´année 1870. De nouveaux immigrants avaient suivi les premiers venus et les quelques masures du commencement étaient devenues de grandes maisons bourgeoises le long de rues tracées au cordeau. On pouvait lire les mues successives de la ville dans les rajouts, moins patinés par les années, du mur de la nef de l´église, des pierres de la clôture du cimetière chrétien et du toit pentu de la salle des fêtes. Ces différences de textures et de teintes marquaient les décennies comme ces cercles gigognes, rugueux et bruns, visibles dans le tronc d´un chêne coupé à l´égoïne. Passé le dernier verger, après la transition d´un immense terrain vague où se tenait une fois par semaine un souk bruyant et haut en couleurs…


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